La Légitimité
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**Livre paru originellement en 1872.**
« Une première concession de principe à la Révolution entraîne celle-ci dans son ensemble. Ce qu’il y a de plus à redouter dans le libéralisme, c’est son ignorance totale du principe dont il est issu : la raison ne sait pas où le trouver. Comme en philosophie, le véritable danger en politique réside dans le commencement de l’erreur. Le libéralisme constitue le passage qui mène à l’abîme. Il sert de terrain provisoire où la société et la Révolution semblent s’accorder pour toujours, mais où cette dernière puise de nouvelles forces pour nous étouffer.
Aujourd’hui, le libéralisme n’existe que pour offrir périodiquement à la Révolution les moyens de progresser d’un cran, s’attribuant alors l’honneur de l’avoir fixée à jamais. Il se transforme sans jamais cesser d’être lui-même, et chaque fois, la société, à travers un compromis douloureux, abandonne un espace que la Révolution s’approprie définitivement. Ainsi, de la porte de la vérité jusqu’au fond de l’erreur, il entretient, à nos dépens, la voie où les peuples avancent en dormant. Quand ils s’éveillent, il n’y a plus de retour possible pour eux.
L’Empire représente le couronnement du libéralisme, c’est-à-dire l’instauration du césarisme : la substitution la plus parfaite de l’homme à Dieu, de l’État à l’Église, qui a eu lieu en dehors de l’Empire romain ou, si l’on préfère, de l’Empire ottoman. Les hommes ont dépouillé le Créateur de ses droits sur la Création, tout en espérant conserver les leurs. Ne pouvant compter sur eux-mêmes, ils choisissent de s’en remettre à l’État, désormais en remplacement de l’Église. Et pourquoi faire confiance à l’État ? Parce qu’il possède la force ? Mais, chez les êtres moraux, cette force obéit à la force morale, qu’elle s’égare ou suive son chemin !
L’orgueil représente la réalité, l’essence même de la Révolution. En raison de la nature humaine, si vous placez le bien et le mal dans un champ clos, le mal finira par renverser le bien. De même, toute lutte à armes égales entre la vérité et l’erreur se soldera par la victoire de l’erreur sur la vérité. D’où l’urgence d’une autorité : une autorité spirituelle pour protéger la vérité contre l’erreur , une autorité civile pour défendre le bien contre le mal. En dehors de ce point de vue, la politique n’existe plus.
Il n’y a pas que des lois chez les hommes ! L’exemple constitue la seconde autorité, puisqu’il est la source des mœurs. La démocratie marque une cessation du mouvement ascendant vers la vie, entraînant ainsi une dissolution de la Société. Dès que les peuples s’éloignent des croyances, ce n’est pas pour s’élever dans les idées, mais pour retomber dans les sens.
Lorsque la noblesse ne se trouve plus pour étendre l’action de l’Église, pour prolonger et répartir l’autorité, l’État ne peut agir, en réalité, que par le despotisme, puisque le pouvoir reste isolé. L’agriculture et la royauté chrétienne, plutôt qu’une loi athée dans une constitution anglaise, représentent les deux conditions du bonheur : c’est le destin que le ciel a réservé à la France, et ce sont les deux éléments constitutifs de sa légitimité. »
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Nombre de pages: 623 pages
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